Une économie propulsée par des paiements en temps réel? Voilà la recette de la croissance et de la prospérité, mais seulement si les Canadiens se sentent en confiance et en sécurité quand ils réalisent des transactions.
Un monde plus connecté est riche de promesses, mais il exige aussi une vigilance accrue, ainsi que des systèmes de protection avancés pour faire échec aux malfaiteurs.
Dans cette série, nous parlons du rôle qu’Interac joue, en sa qualité de protecteur, exploitant et facilitateur de la prospérité numérique du pays, au sein de l’économie canadienne et dans la vie de tous les jours de la population. Dans l’épisode précédent de cette série d’entretiens, nous avons parlé de l’importance de la confiance manifestée à la technologie et des façons d’outiller les entrepreneurs pour les encourager à mettre à profit le potentiel économique du Canada.
Dans cet épisode, Chris Mathers, expert en cybercrimes et en sécurité, se joint à Mark Hines, responsable des produits et de la fraude chez Interac, pour examiner de manière plus approfondie le lien entre la sécurité et la prospérité et pour discuter des façons dont Interac jumelle l’intelligence artificielle à l’intuition humaine pour protéger notre prospérité numérique croissante contre des fraudeurs sophistiqués.
Poursuivez votre lecture pour en savoir davantage sur la manière dont nous utilisons notre position centrale au sein de l’économie pour protéger les Canadiens, et écoutez l’entretien intégral entre MM. Hines et Mathers ici.
Fraude numérique : une menace en évolution constante
Mark Hines : Les répercussions financières de la fraude sont énormes pour tous les membres de l’écosystème, qu’il s’agisse des particuliers, des PMEs ou des grandes banques. À l’aube d’une ère véritablement numérique, quelle est votre perspective à l’égard du risque et de la protection?
Chris Mathers : Nous sommes en proie à des fraudes tous les jours. Les institutions financières et le gouvernement subissent, d’une heure à l’autre, des milliers de tentatives visant la pénétration de leurs systèmes. C’est incessant.

La technologie aide les criminels à duper leurs victimes d’une façon plus distincte et personnelle. Et, généralement, ces attentats proviennent de l’autre côté du globe, ce qui complique encore plus les choses, car c’est difficile d’appliquer la loi quand les malfaiteurs se trouvent dans un territoire de compétence différent.
Mark : Peu de personnes ont pu observer les rouages internes du crime organisé autant que vous. Qu’est-ce que votre expérience vous a appris au sujet de l’évolution des cybermenaces?
Chris : Peu des arnaques dont vous avez connaissance sont dues à une lacune dans la sécurité de notre infrastructure financière. Plutôt, la majorité d’entre elles surviennent parce que les gens ont été dupés.
La nature entrepreneuriale des groupes criminels organisés est tout à fait remarquable et incommensurable. Les moyens que ces groupes prennent pour cibler le comportement humain sont absolument fascinants. Malgré toute la technologie, ceux-ci s’attaquent quand même au maillon le plus faible, soit l’humanité. [Dans un cas de] fraude de paiement en temps réel de 100 000 $, celle-ci est attribuable à l’erreur d’une personne en cours de route, [plutôt qu’à une défaillance informatique.] Quelqu’un a été dupé. C’est toujours la même rengaine.
Étrangement, comme je le mentionne quand je prononce des allocutions à ce sujet, il n’y a pas de nouveaux crimes. Nous assistons à des délits de la « vieille école », mais commis à l’aide de nouvelles technologies.
Des consommateurs instruits et confortables alimenteront la croissance
Mark : Dans l’ensemble, ces situations incitent les gens à faire preuve de prudence au moment d’utiliser des plateformes numériques, ce qui est précisément l’inverse de ce qui doit survenir, selon nos affirmations, pour éperonner l’économie.
Chris : Pour que les gens adoptent d’emblée la nouvelle notion de prospérité numérique, ils doivent faire confiance au système. À mon avis, le parcours vers la prospérité numérique doit comporter un élément d’éducation.
Nous devons constamment renseigner les gens au sujet des menaces, qui changent de jour en jour. Un autre défi réside dans la population vieillissante, qui est beaucoup plus vulnérable aux tentatives de fraude.
Mark : Nous parlons beaucoup de l’éducation, qui est parfois perçue comme étant frivole et sans substance, étant donné qu’elle ne repose pas sur l’IA, sur les données ou sur la technologie. Or, elle est essentielle.
J’aime utiliser l’expression « Il faut un village [pour combattre] la fraude ». Même les plus grandes banques les mieux capitalisées sont restreintes dans les mesures qu’elles peuvent prendre par elles-mêmes, vu qu’elles ne sont qu’un nœud dans un réseau.
Je considère la fraude et ses solutions comme des questions de réseau. Chez Interac, nous bénéficions d’une perspective unique de l’écosystème canadien, surtout en ce qui a trait aux virements d’argent et aux débits bancaires. C’est pourquoi nous investissons dans la prévention de la fraude.
Nous devons examiner nos atouts, que ce soit ceux d’Interac ou de l’ensemble du pays, et mieux les utiliser. Chez Interac, nous avons un accès unique à une foule de données sur les paiements, et pouvons les mettre à profit de manière encore plus utile.

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Protéger les paiements en temps réel
Mark : Si nous omettons d’intégrer des mécanismes de sécurité avancés aux nouveaux systèmes de paiement en temps réel, les pertes vont se multiplier davantage, ce qui est survenu dans d’autres pays qui ont tenté d’instituer des systèmes de paiement en temps réel sans prévoir des mécanismes de contrôle de la fraude. Ceux-ci ont dû retarder le lancement d’un système qui était censé faciliter leur croissance.
En ce qui concerne les paiements en temps réel, comment pouvons-nous protéger ceux de plus grande valeur? C’est une chose de perdre les 25 $ que vous pensiez consacrer à l’achat d’une paire de chaussures de sport bon marché, mais c’est une tout autre chose de perdre un montant de 100 000 $ prévu pour le versement d’une mise de fonds hypothécaire. C’est dans ces cas qu’il faut avoir accès à une plateforme de confiance.
À votre avis, quelles seront les répercussions des paiements en temps réel sur la fraude au cours des prochaines années?
Chris : Les paiements en temps réel représentent un fruit juteux pour les malfaiteurs. Ils constituent une occasion de contourner radicalement le système.
Ce que j’ai constaté, dans les enquêtes que nous menons, c’est que les malfaiteurs comprennent très bien l’infrastructure des paiements en temps réel, compréhension qui les aide à s’y infiltrer.
Freiner la fraude à l’aide de l’IA et de l’intuition humaine
Mark : Un autre élément du « village » exige la création d’une plateforme centrale sûre pour combattre la fraude. Et il faut prévoir de nombreux niveaux de sécurité pour composer avec ces menaces, parce que leurs vecteurs continueront d’être de plus en plus sophistiqués; ils continueront de prendre de l’ampleur et de la vitesse. C’est ce qui m’amène à l’IA.
Imaginez-vous le système des fraudes comme une grande boucle de rétroaction comportant deux éléments importants. Le premier réside dans la qualité du signal que nous, en tant que fournisseurs de solutions de [prévention] de la fraude, émettons à l’intention du décisionnaire, soit l’institution financière ou la société de paiements qui s’apprête à autoriser un paiement. Le deuxième, auquel les gens ne consacrent pas assez de temps, réside dans la confirmation de l’entité en question selon laquelle une transaction douteuse est effectivement frauduleuse.
L’IA s’introduit dans la boucle de deux façons. D’abord, on peut l’utiliser pour améliorer les signaux émis à l’intention des institutions financières ou des sociétés de paiement, ce qui semble très évident. Mais, pour pousser la réflexion plus loin, beaucoup de ces efforts sont fondés sur des règles et reposent sur un arbre décisionnel encodé, qui peut être assez utile.
Cela dit, une méthode beaucoup plus efficace consiste à utiliser un modèle probabiliste. Ce modèle n’est pas infaillible, mais il peut fournir des [probabilités] de 95 à 98 pour cent. « Je crois que c’est une arnaque. » [Le système d’IA] décèle toutes les tendances subtiles que les règles déterministes ne peuvent pas discerner.
Chris : Les malfaiteurs ont recours à l’IA, et nous devons nous aussi l’utiliser. Cette technologie leur enseigne comment duper les gens. C’est une guerre d’usure incessante.
Au moment d’acheter ou de vendre un article donné, il faut s’assurer que l’autre partie à la transaction est bel et bien la personne qu’elle prétend être. L’intelligence artificielle peut nous aider à développer des systèmes pratiquement invulnérables.
Mark : Il ne s’agit pas là de supprimer l’élément humain de nos efforts de sécurité, mais de mieux outiller chaque personne.
![« Les êtres humains sont toujours [essentiels] à la prévention de la fraude. » — Chris Mathers, expert en cybersécurité](https://www.interac.ca/wp-content/smush-webp/2026/02/INT_Strategy-Podcast_Article-Assets_E2__Quote-1__Article_FR-1024x872.png.webp)
Chris : l’AI n’a pas réponse à tout, mais elle est très utile. Cela dit, elle ne peut pas faire preuve de compassion ou d’empathie. Elle repose purement sur la logique.
Étant donné que ce sont des êtres humains qui commettent les crimes, [seuls des êtres humains peuvent réagir] aux frissons qu’ils ressentent et écouter leur intuition.
Mark : Un ancien membre des autorités policières m’a déjà dit : « Vous devriez utiliser l’IA de la même façon qu’un enquêteur réagit à un pressentiment. Le système vous incite à [examiner] quelque chose de plus près et, parfois, ce pressentiment vous mène vers le malfaiteur. Or, parfois, il ne mène nulle part. » Les systèmes d’IA fonctionnent de la même façon. Ils ne sont pas magiques; ils traitent simplement les tendances.
Chris : C’est donc indispensable de se doter de bons enquêteurs ou analystes. Les êtres humains seront toujours essentiels à la prévention et au dépistage de la fraude.
Découvrez la prochaine conversation de la série, qui explore notre rôle en tant qu’opérateur de paiements en temps réel.